vendredi 23 octobre 2009

Marée noire

Il y a cette angoisse permanente qui m'étreint le ventre alors que tout devrait aller, que je devrai sourire qu'il pleuve ou qu'il vente et regarder loin comme il l'a souhaité. Mais le doute est toxique et mon mercure intérieur ne remonte que lorsque je sens le moment approcher, où toutes les questions et les doutes vont fondre parce qu'il fera ce geste tendre et que je verrai les flammes dans ses yeux danser. Pour l'heure, j'enrage de voir cette avalanche de mails qui ruisselle mais n'en charrie aucun des siens. J'ai un besoin puéril d'être rassurée en permanence, résurgences de l'enfance où jamais rien ne se passait comme il aurait été normal de l'espérer. Résurgences narcotiques dont je ne peux me sevrer, d'une époque où le simple fait d'espérer voyait forcément la déception encore plus grande arriver. On parle de traverser l'Europe, de trouver l'endroit qui nous serait à jamais associé et pourtant, dans le même temps, je pense à cette liberté qu'il ne cesse d'évoquer par des biais détournés. Ma lucidité et mon pessimisme corrosifs m'empêchent de profiter des moments d'attente, qui comme autant de bonbons acidulés devraient ravir ma langue mais aussi légèrement l'agacer. Je suis dans le tourment contradictoire d'être à la fois l'objet d'attentions touchantes et d'espoir que je crée, mais aussi l'absente indolore quand j'ai franchi le seuil de sa porte et laissé ses lèvres de l'autre côté. Je sais que ce n'est pas ce qu'il en est et que je peuple pour quelques temps encore le lieu que j'ai quitté. Pourtant, peu à peu, les sensations et les mots s'estompent et partent sans doute rejoindre les rives d'une autre, jusqu'à ce que le courant dans un reflux apporte sur la berge de mon ventre ses cheveux à nouveau revenus. J'aimerai pouvoir cumuler les genres, lui dire oui aujourd'hui et avoir envie d'un autre demain. Mais ma tête et mon corps sont pour l'instant du moins, les passagers frustrés d'un seul chalutier. Comme les marins sur le quai, ils ne peuvent qu'attendre résignés, l'horaire salvateur de la marée.

18 commentaires:

Bougrenette a dit…

Superbe, j'aurais aimé l'écrire ainsi, de te lire, à me comprendre aussi. Tu as ce charme si touchant de la fragilité dans le sentiment, dans les moments à l'impact dans futur qu'on ne peut qu'esquiver.

Bougrenette a dit…

tu m'as troublé ... il ne veut rien dire mon commentaire et il manque/il y a/ des mots en trop. ;-)

Deftones75 a dit…

Magnificient comme dirait U2. Mais encore une fois, tu files un très mauvais coton toi !

Steph a dit…

Comment qualifier ce que je ressens. Mélange doux amer. Doux comme le plaisir littéraire de la lecture de ce texte concis et profond. Comment une plume si légère peut-elle rendre compte si joliment de sentiments si difficiles. Car l'amer est là. Dans le fond du texte. Dans cette quête inassouvie de la paix de l'esprit. Dans cette volonté d'etre rassurée par l'autre quand cette délivrance ne peut venir que de soi (à mon avis).... La beauté de la noirceur en somme... d'ailleurs, il parait qu'une marée noire, vue du ciel, c'est magnifique...

home a dit…

si je savais faire j'écrirais ces mots là...
bouleversée de les lire
les ressentir - aussi

Dana a dit…

Il n'y a pas de mails ? Eteins l'ordinateur, très chère ! Il y a quelque temps, je grondais les élèves lorsqu'ils finissaient les lettres par "je t'espère" au lieu de "je t'attends" (c'est que les filles regardaient les "telenovelas" sud-américaines ) , aujourd'hui j'aime, je souris à chaque fois. Peut-être le marin n'attend-t-il non plus,juste il espère . Pensées.

P_o_L a dit…

@ Bougrenette
Je t'avoue qu'en effet, j'ai pas tout compris ;-)

@ Deftones75
Tu es la voix de la sagesse. Je vais me reprendre très vite. les fils de coton ne sont pas solides et ça fait mal quand ça pète.

@ Steph
Vous aussi êtes la voix de la sagesse et un perspicace lecteur. Une marée noire, bien que belle, fait beaucoup de dégâts en laissant parfois des traces qui ne s'effacent pas. Torpiller le chalutier en haute mer me semble pour l'heure, le seul moyen d'éviter qu'elle n'envahisse les côtes à peine dépolluées...

@ Home
Je donnerai tous les mots de la terre, ceux que je connais du moins, pour ne pas ressentir et ne pas écrire. Juste lire ceux d'autres peut-être. Ce soir votre commentaire me touche plus qu'il ne faudrait... Conjonction du moment, de la lumière, du silence ou des notes que j'écoute en vous répondant. Merci d'avoir laissé une jolie trace de votre passage ici.

@ Dana
Je ne suis pas sure de bien te saisir Dana. Les "telenovelas" ne font pas partie de mon paysage, c'est peut-être pour ça. Mais je suis sincèrement curieuse de comprendre pleinement ce que tu veux (me) dire. A te lire, j'attends. ;)

502 a dit…

Traverser l'Europe, traverser l'Europe... Mais dans quel sens ???

Quant au chalutier, méfiez-vous : il n'est pas de chalutier sans quelques odeurs de poisson !

Dana a dit…

Sourire. Il paraît qu'en espagnol on dit " te espero" pour " je t'attends", alors mes élèves font un transfert. C'est plus clair maintenant ? (ça devrait, sinon ma réputation de bon prof est sérieusement ébranlée). Je t'embrasse.

Fiso a dit…

Délicieux et douloureux état ...
(chanceuse, va!)

P_o_L a dit…

@ 502
Le pire, se sont les écailles...

@ Dana
Oui, là j'ai tout compris ! Merci de tes lumières.

@ Fiso
Est-ce trop demander les délices sans la douleur ?
(Je ne dirai pas ça).

Gaspard a dit…

je ne comprends pas pourquoi le marin attend résigné si la marée est salvatrice...

Oh!91 a dit…

Je les connais, ces sensations. Résurgences narcotiques, magnifiques ! J'ai traversé une année à tenter de débarrasser mes délices de la douleur. J'ai finalement renoncé aux délices. Et ils me sont alors en partie revenus. Les mystères de l'amour. Tu as été taguée, ma belle...

P_o_L a dit…

@ Gaspard
Sans doute parce que ce n'est pas le marin qui attend...

@ Oh!91
Taguée, moi ? Oh!lala... ;)

Toni a dit…

Chez d'autres, ça aurait pu sentir la morue. Et là, non ... Bravo.

P_o_L a dit…

@ Toni
Merci :)

didine a dit…

tu m'ôtes ces sentiments de la bouche! en bien plus merveilleux bien sur...

P_o_L a dit…

@ Didine
Ce blog ne vit plus mais parfois quelques uns ou quelques unes passent par là et alors il revit pour un court instant. Merci de votre lecture et du commentaire que vous m'avez laissé.

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